Bartoloméo avait décidé de revenir dans l'antre des Gentilhombres afin de retrouver ses anciens compagnons. En arrivant devant la lourde porte en bois de Brasil du manoir, il utilisa sa clef forgée sur l'île d'Hispanola donc chaque capitaine portait un exemplaire.
En entrant dans la demeure, Bartoloméo fut saisi par l’odeur particulière qui régnait dans cet endroit. Cette odeur typique des lieux fermés, de ceux qui n’ont vu la lumière depuis trop longtemps et dont les brises marines n’ont pas renouvelé l’ambiance. Un mélange de poussière et de pourriture. Le capitaine hélla ses compagnons un par un mais seul l’écho du silence lui répondit.
Bartoloméo se rendit donc dans l’antique taverne où les capitaines avaient l’habitude de deviser du monde et de sujets moins importants.
Il constata que la poussière en avait recouvert tous les meubles. Il se dirigea alors vers le bar où il trouva une bouteille de rhum de la Jamaïque. Ce genre de boisson était éternel et Bartoloméo en versa une bonne lampée dans un verre en cristal. Le liquide ambré coula dans sa gorge et le réchauffa de la froideur que ces lieux avaient provoqué en lui en entrant. Bartoloméo s’affala dans un fauteuil, geste qui provoqua un nuage de poussière et quelques éternuements au capitaine originaire de Valladolid.
Alors que Bartoloméo contemplait le vide de cette taverne jadis occupée par de nombreux capitaines débattant de la valeur des marchandises « empruntées » et contant des histoires à la fois légendaires et, parfois, cocasses il constata un élément particulier.
Le fauteuil vert albâtre naguère occupé par Edward Drake avait été déplacé. Les traces de poussière plus récentes indiquaient que quelqu’un avait utilisé ce meuble dans un passé proche. Un capitaine avait donc fréquenté cette salle dernièrement.
Ainsi ragaillardi par le délicieux breuvage et par cette révélation, Bartoloméo décida de laisser un message aux prochains capitaines qui auraient la présence d’esprit de revenir en ces lieux :
« Capitans, les mers regorgent encore de nombreux marchands gras et inoffensifs. Je suis à Mona et je vous attend pour reprendre nos aventures. Buena Suerte ».
Bartoloméo quitta donc l’antique demeure et retourna à son navire, mais avant de donner l’ordre à son navigateur de faire route vers le large il ne put s’empêcher une pointe de nostalgie en contemplant le manoir et en espérant qu’il retrouve très vite sa gloire d’antan.